Le Corps franc du 6ème

Ils sont jeunes, mais ils sont crânes !

Ferdinand Dupuy, secrétaire-chef du commissariat central du 6ème arrondissement, décrit ainsi l'équipage du car de police secours qui, au matin du 23 août 1944 vers 9h00, se dirige vers l'avenue Bosquet où un dépôt d'armes a été signalé dans l'appartement d'un collaborateur notoire.

Il y a là Chagnon, Cadet, Kéranflec'h, Oger, Lacaze, Sauvanet et Quéniard, tous jeunes gardiens de la paix du commissariat et membres depuis le début de l'insurrection du Corps Franc du 6ème.

A l'angle de la rue de Babylone et du boulevard des Invalides leur car est intercepté par les occupants d'un camion allemand qui, sous la menace de leurs mitraillettes, obligent le conducteur à s'arrêter. Le drapeau de la Croix-Rouge dont ils s'étaient munis par précaution et qu'ils agitent par la fenêtre du car ne sert à rien. Les Allemands font descendre les sept hommes et les alignent mains en l'air pour la fouille.

Les policiers ont sur eux cartes de réquisition et armes de service, Robert Sauvanet a même dans sa poche un ordre de mission. Les soldats allemands, soudain menaçants, lèvent leurs armes … Ils vont les fusiller sur place .

Un ordre claque ! Un capitaine de la Wehrmacht intervient. Il faut conduire ces prisonniers à l'Ecole Militaire pour les interroger. Le chef du peloton allemand explique qu'il s'agit de terroristes, qu'il faut les fusiller sur place. Le capitaine insiste. Le sous-officier finit par s'exécuter.

Sous bonne garde les sept policiers remontent dans leur car et sont conduits dans la cour de l'Ecole. Nouvelle fouille. Un soldat découvre dans la poche de Sauvanet des balles. Il le roue de coups.

De nouveau les voilà alignés face contre un mur, bras en l'air. Cette fois-ci c'est la bonne pensent-ils, ils vont nous fusiller !

Le capitaine Otto Wagner, de la garnison de l'Ecole, s'approche du peloton d'exécution : "Je vous donne deux heures ! Que l'un d'entre vous aille chercher sept prisonniers allemands détenus par les terroristes, nous procéderons à un échange."

Cet incroyable rebondissement est dû à Rose Davoine, concierge du 20 boulevard des Invalides, immeuble devant lequel les soldats allemands ont intercepté le car de police. Il se trouve que Rose effectue le ménage dans l'appartement du capitaine Wagner. Elle l'a imploré d'épargner ces jeunes gens. Il a cédé à sa requête.

Chagnon, le conducteur du car, est chargé de la mission. Il roule à toute vitesse vers le commissariat du 6ème. "Il me faut tout de suite sept prisonniers. Si je ne suis pas de retour à l'Ecole Militaire avec eux dans l'heure qui suit, les Allemands vont fusiller les gars du Corps Franc." Le brigadier de police à qui il s'adresse, haletant, n'est autre que Ange Cadet, le père du gardien Cadet son camarade menacé de fusillade.

Plusieurs coups de téléphone au Cabinet du Préfet de Police seront nécessaires pour extraire sept prisonniers allemands du dépôt. Dix minutes avant la fin de l'ultimatum Chagnon, le brigadier Cadet et les sept soldats libérés font leur entrée dans la cour de l'Ecole Militaire.

Le brigadier Ange Cadet apprendra à Sauvanet et à ses camarades qu'en qualité de responsable FFI du 6ème arrondissement il n'avait pas l'intention de procéder à cet échange de prisonniers. Seule la présence de son fils parmi eux le fit changer d'avis.

Ce 23 août 1944 Robert Sauvanet, comme il aimait à le dire, a échappé par miracle à la mort. Il décida de consacrer sa vie et ses efforts aux orphelins, aux anciens combattants et à toute oeuvre sociale sans distinction. Président honoraire de l'Union des Anciens Combattants de la Police et des Professionnels de la Sécurité Intérieure (UACPPSI) il s'est éteint le 4 avril 2004 à l'âge de 90 ans.