Que sont-ils devenus ?

Ils ont participé à la Libération de Paris. Beaucoup retournent dans l’ombre avec le sentiment du devoir accompli. Certains s’engagent dans les rangs de la 2ème DB ou dans la 1ère Armée française et poursuivent le combat car la guerre n’est pas terminée. D’autres entament une carrière administrative ou politique et auront un destin national. Voici quelques portraits d’hommes que les Parisiens ont pu découvrir dans la rue, dans la presse ou sur les nombreuses photographies réalisées pendant l’insurrection.

On ne présente pas le général de Gaulle, 54 ans, chef de la France libre, l'homme du 18 juin 1940. Président du Gouvernement provisoire de la République française de 1944 à 1946, président de la République française de 1959 à 1969, il est décédé le 9 novembre 1970. On le voit ici s’apprêtant à entamer sa marche triomphale sur les Champs-Elysées le 26 août 1944.

 

Le général Philippe de Hauteclocque dit Leclerc, 42 ans, est photographié ici au pied de l’Arc de Triomphe ce même 26 août en compagnie du colonel Girod de Langlade. Capitaine d’état-major pendant la campagne de 1940 ayant rejoint les Français libres en juillet 1940 à Londres, il a été chargé par le général de Gaulle de rallier l’Afrique équatoriale française à la cause. A la tête de la « Colonne Leclerc » il mène la campagne du Fezzan. Général de division en 1943 il organise la 2ème Division blindée avec laquelle il débarque en Normandie le 1er août 1944, libère Paris le 25, Strasbourg le 23 novembre et atteint le nid d’aigle de Berchtesgaden en mai 1945. Nommé chef du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient, il reprend pied en Indochine en 1946 puis est promu au grade de général d’armée inspecteur des forces terrestres en Afrique du Nord. Le 28 novembre 1947 il périt dans un accident d’avion non loin de Colomb-Béchar. Il sera élevé à la dignité de maréchal de France en 1952.

 

Jacques Delmas dit Chaban, 29 ans, est photographié ici entre le colonel Noiret et le général Leclerc près de la gare Montparnasse le 25 août 1944. Sous-lieutenant en 1940, haut-fonctionnaire au ministère de la Production industrielle dans le gouvernement Laval, il travaille pour la résistance depuis décembre 1940. Nommé général de brigade et délégué militaire national en mai 1944, il accueille le général Leclerc à Paris le 25 août 1944. Député de la Gironde en 1946, maire de Bordeaux, président de l’Assemblée nationale à trois reprises, plusieurs fois ministre et enfin candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1974, il décède le 10 novembre 2000.

 

Le général Pierre Koenig, 46 ans, est photographié ici le 26 août 1944 au pied de l’Arc de Triomphe devant des véhicules du 9ème RMT. Sous-lieutenant en 1918, capitaine de la 13ème demi-brigade de Légion étrangère en 1939, il rejoint les Français libres en juillet 1940. Héros de Bir-Hakeim et de la bataille d’El-Alamein, il est promu général en chef des Forces françaises de l’intérieur en 1944, gouverneur militaire de Paris le 21 août, et gouverneur militaire de la zone d’occupation française en Allemagne de 1945 à 1949. Député puis ministre de la Défense nationale il décède en 1970. Il sera élevé à la dignité de maréchal de France en 1984.

 

Le capitaine Raymond Dronne, 36 ans, est photographié ici sur la place de l’Hôtel de Ville le 25 août 1944 alors qu’il prépare l’attaque du Central Archives. Administrateur des colonies au Cameroun, il se rallie aux Français libres dès août 1940 et participe sous les ordres du général Leclerc aux opérations du Fezzan et de Tunisie avant de prendre le commandement de la 9ème compagnie du Régiment de marche du Tchad, la fameuse Nueve composée essentiellement de volontaires espagnols. C’est lui qui à la tête d’une colonne de 150 hommes pénètre le premier dans Paris le 24 août 1944 au soir. Il termine la guerre avec le grade de chef de bataillon et entame une carrière politique dans la Sarthe où il sera élu maire, député et sénateur. Il est décédé en 1991. 

 

Le colonel Henri Tanguy dit Rol-Tanguy, 36 ans, est photographié ici au milieu de son état-major FFI. Ouvrier carrossier et militant communiste, il se porte volontaire dans les rangs républicains pendant la Guerre d’Espagne et sert comme commissaire politique de la 3ème Brigade internationale. Cité à l’ordre du régiment pendant la campagne de France en 1940, il entre dans la clandestinité et participe à la création des Francs tireurs partisans (FTP). Puis il est nommé chef régional des FFI de la région Ile-de-France et organise l’insurrection parisienne. Après guerre il poursuit une carrière militaire jusqu’en 1962, entre au Comité central du Parti communiste et préside l’Association nationale des Anciens combattants de la Résistance. Il est décédé en 2002.

 

Le préfet Charles Luizet, 41 ans, est photographié ici dans la cour de la Préfecture de police lors de sa prise de fonction le 19 août 1944. Militaire de carrière et administrateur français de la zone de Tanger, il se rallie dès le 18 juin 1940 au général de Gaulle qui lui demande de rester à son poste dans l’administration de Vichy en Afrique du Nord. Secrétaire général de la police du Comité français de libération nationale en 1943, il est chargé de réorganiser le département de la Corse récemment libéré puis gagne l’Angleterre. Parachuté en France en août 1944 il sera le premier Préfet de police de la capitale libérée, poste qu’il occupera jusqu’en mars 1947 date à laquelle il est nommé Gouverneur général de l’Afrique équatoriale française avant de décéder au mois de septembre de la même année.

 

Roger Worms dit Roger Stéphane, 25 ans, est photographié ici dans les salons de l’Hôtel de Ville. Entré dans la Résistance en 1941, il participe à la création du réseau Combat et est arrêté à deux reprises. Le 20 août 1944 à la tête d’une poignée de FFI le capitaine Stéphane s’empare de l’Hôtel de Ville et accueille le nouveau Préfet de la Seine avant de poursuivre la guerre dans les rangs de la Brigade Alsace-Lorraine d’André Malraux. Devenu journaliste il fonde L’Observateur en 1950 et produit à partir de 1960 des émissions pour la télévision française. Il décède le 4 décembre 1994.

 

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Autour du général de Gaulle sur les Champs-Elysées le 26 août 1944 les Parisiens peuvent découvrir le visage de quelques responsables de la Résistance qui ont œuvré dans la clandestinité depuis quatre ans :

1 – Jean-Pierre Lévy, 33 ans, ingénieur commercial et co-fondateur du Mouvement Franc-Tireur, a participé à la création des Mouvements Unis de la Résistance (M.U.R). Après-guerre il fera carrière dans l’industrie et décèdera en 1996.

2 – Joseph Laniel, 55 ans, sous-secrétaire d’Etat du gouvernement Paul Reynaud en 1940 et député du Calvados, a participé à la fondation du Conseil national de la Résistance. Après guerre il poursuit sa carrière politique comme ministre, président du Conseil et candidat à la Présidence de la République. Il est décédé en 1975.

3 – Jacques Lecompte-Boinet, 39 ans, fonctionnaire de la Préfecture de la Seine et co-fondateur du Mouvement Ceux de la Résistance, est nommé Secrétaire général du Ministère des Travaux publics au début de l’insurrection puis vice-président de la Commission nationale pour le rééquipement. Après guerre il devient ministre puis ambassadeur et délégué de la France au Conseil de l’Europe. Il est décédé en 1974.

4 – André Le Troquer, 60 ans, grand blessé de la Guerre 14/18, député de Paris, membre de l’Assemblée consultative d’Alger est commissaire à la Guerre puis à l’administration des territoires libérés. Après la libération il poursuit sa carrière politique comme président du Conseil municipal de Paris, ministre de l’Intérieur, de la Défense nationale et président de l’Assemblée nationale. Il décède en 1963.

5 – Georges Bidault, 45 ans, professeur agrégé d’histoire et de géographie et éditorialiste du journal L’Aube, a succédé à Jean Moulin au poste de président du Conseil national de la Résistance en juin 1943. Après guerre il fonde le Mouvement républicain populaire (MRP), est élu député de la Loire en 1945, nommé président du Gouvernement provisoire de la République française en 1946, plusieurs fois ministre et président du Conseil en 1950. Soutien actif des partisans de l’Algérie française en 1962 il doit s’exiler au Brésil en 1963 pour échapper à la prison. Il décède en 1983.

6 – Alexandre Parodi, 43 ans, maître des requêtes au Conseil d’Etat révoqué par le Gouvernement de Vichy, responsable de la Commission clandestine de la presse et de l’information, a été nommé en 1944 délégué général du Comité français de libération nationale. Au début de l’insurrection parisienne il est fait prisonnier et conduit devant le général Von Choltitz qui heureusement le libère. Après guerre il entame une carrière de diplomate comme représentant de la France auprès des Nations Unies et représentant permanent à l’OTAN. Il est décédé en 1979.

7 – Georges Marrane, 56 ans, vétéran de la Grande-Guerre, maire communiste d’Ivry-sur-Seine déchu en 1940, résistant sous le pseudonyme de Vercingétorix dans le Sud de la France puis vice-président du Comité parisien de libération. Il accueille le général de Gaulle le 25 août 1944 à l’Hôtel de Ville et retrouve son fauteuil de maire en 1945. Ministre de la Santé publique en 1947, candidat du Parti communiste à l’élection présidentielle en 1958 puis sénateur en 1959, il décède en 1976.