Pierre – J’enquête sur la disparition de mon grand-père

Le samedi 7 mai 2005 la municipalité de Tigery inaugure un monument commémorant l'exécution du capitaine Roland Deplanque, le 22 août 1944, et donne son nom à une nouvelle rue de la commune.

En fait le capitaine Roland Deplanque a été fusillé au carrefour de Villeroy dans la forêt de Sénart. Mais des travaux d'agrandissement de la chaussée condamnent l'ancien monument commémoratif à disparaître. La Municipalité de Tigery a aussitôt proposé d'en ériger un nouveau à deux pas de la Mairie. La cérémonie a lieu en présence des édiles de Maisons-Alfort, commune d'où était issu le groupe Lissac-Deplanque.

C'est pour moi l'occasion de rencontrer Pierre, le petit-fils de Maurice Lissac fondateur du groupe disparu en déportation.




Le commandant Maurice Lissac, alors âgé de 62 ans, fonde à Maisons-Alfort un groupe de résistance rattaché à l'Armée Volontaire (6ème bataillon Seine Sud).


Le recrutement est progressif (l'effectif atteindra 120 hommes à la veille de l'insurrection) mais les activités clandestines sont nombreuses :

- établissement de faux papiers pour les réfractaires
- délivrance de faux certificats médicaux aux ouvriers déjà requis pour le STO
- hébergement d'aviateurs alliés
- préparation d'un terrain de parachutage à Crouy sur Ourcq en Seine et Marne
- renseignements sur les activités des troupes d'occupation et sur les passages de train de munitions
- sabotage de l'usine S.K.F à Ivry sur Seine
- relevé du plan de la Cartoucherie de Vincennes
- constitution d'un dépôt de munitions à Maisons-Alfort …

Ce dépôt de munitions sera hélas découvert par la Gestapo le 7 juin 1944 et quatre hommes sont arrêtés le surlendemain :

Maurice Lissac, déporté à Buchenwald, disparu

Guillaume Le Bars, déporté, mort à Buchenwald

Roger Girard et un certain Martin, que les Allemands relâcheront faute de preuves.

Plusieurs membres du groupe quittent Maisons-Alfort pour échapper à de nouvelles arrestations; Maurice Picard et Roger Gignoux qui avaient rejoint le maquis de Lorris dans le Loiret seront capturés et fusillés le 14 août 1944 (voir note en bas de page)


Le capitaine Roland Deplanque remplace alors le commandant Lissac.

Dans la nuit du 19 au 20 août 1944, le groupe s'empare de la mairie de Maisons-Alfort, de la poste, de la perception et s'installe en surveillance sur de nombreux points stratégiques.

Le 21 août deux hommes (un Français et un Belge) qui tentent de s'enrôler dans les rangs des FFI sont arrêtés … il s'agissait d'agents travaillant pour les Allemands.

Toujours le 21 août le groupe parvient à arracher des mains des Allemands un jeune homme retenu prisonnier. L'escarmouche, sur la route de Villeneuve à Maisons-Alfort, coûtera un mort et un blessé aux troupes d'occupation.

Revenant du PC du commandant Boulard à Créteil, le capitaine Roland Deplanque se rend sur les lieux de l'accrochage et tombe sur un barrage allemand installé sur place. Si les deux hommes qui l'accompagnaient sont relâchés, il est pour sa part emmené en forêt et fusillé au carrefour de la Croix de Villeroy le lendemain.

Malgré cette perte le groupe assure la liaison avec l'avant-garde américaine, qui se présente par le sud de Paris, et lui signale une forte concentration ennemie dans la plaine de Mély.

Après la Libération de Paris beaucoup de volontaires s'engageront dans la 2ème Division blindée, au 151ème régiment d'infanterie du colonel Fabien ou au 19ème B.C.P. (Jean Lainard, René Couchy, Victor Blot, Pierre Brière et Delvigne seront tués au combat).


Si le décès de Guillaume Le Bars est bien attesté à Buchenwald, Maurice Lissac, quant à lui, est porté disparu.

Les Allemands, devant l'avance des troupes russes et américaines organisèrent, dans une dernière folie, des "Marches de la mort". Cela consistait à jeter sur les routes les prisonniers des camps et à les faire marcher de force sans destination précise. Quiconque ne pouvait plus avancer était impitoyablement abattu sur place.

Pierre cherche à retracer les derniers instants de son grand-père Maurice Lissac.


le cortège se rend rue du capitaine Deplanque

Note :

Jean-Claude Pommereau, fidèle lecteur de ce site, nous indique que Paul Guillaume, dans son ouvrage "Au temps de l'héroïsme et de la trahison" consacre un chapitre entier à l'histoire du maquis de Lorris installé en forêt d'Orléans :

Le 12 août 1944, le sergent-chef Remont tend une embuscade sur la RN 60 près du château de Chicamour. Une ambulance allemande est capturée, un camion est attaqué … mais ce n'est que l'avant-garde d'une colonne motorisée importante qui réagit vigoureusement. Sept maquisards seront tués (certains achevés sur place) dont Roger Gignoux âgé de 20 ans.

Maurice Picard, âgé de 21 ans, a quant à lui été abattu le 14 août  près du carrefour des Bordes en bordure de la Noue-Malade au cours d'une opération qui fera 49 neufs morts dans les rangs du  Maquis de Lorris.