Le commandant du Gross-Paris

Il y a quelques semaines j’ai été contacté par Timo Von Choltitz, le fils du général commandant le Gross-Paris pendant l’insurrection. Préparant un livre à l’occasion du 70ème anniversaire de la Libération de Paris, il était à la recherche de portraits du consul de Suède, Raoul Nordling, et du président du Conseil municipal de Paris, Pierre Taittinger, deux personnages avec qui son père entretint des contacts étroits pendant le mois d’août 1944. J’ai trouvé les photographies et lui ai communiqué les coordonnées des agences auprès desquelles il pourrait se les procurer. Je l’ai mis également en rapport avec un journaliste qui serait capable de présenter son projet à une maison d’édition car il désire faire paraître une version française de son livre.

Raoul Nordling et Pierre Taittinger

Bien évidemment j’ai voulu profiter de ce contact pour lui demander un témoignage. Timo von Choltitz est né en avril 1944, il avait donc à peine quatre mois à la libération de Paris et vivait avec sa mère Uberta et ses deux sœurs Maria-Angelika et Anna-Barbara à Baden-Baden. Le général a juste eu le temps d’embrasser sa famille au sortir de son entrevue avec Hitler à Rastenburg avant de gagner Paris pour y prendre son nouveau poste. Timo ne connaîtra son père qu’en 1947. Il entretient la mémoire du commandant du Gross-Paris depuis son décès survenu en 1966.

Selon les auteurs le général Dietrich Von Choltitz a « sauvé » Paris :

-          parce qu’il estimait que le Führer, qui lui avait donné l’ordre de détruire la capitale, était devenu fou

-          parce qu’il s’était épris de la plus belle ville du monde

-          parce que cela aurait souillé son honneur de soldat

-          parce qu’il n’avait pas  les moyens de faire exécuter les destructions

-          parce qu’il avait obtenu l’assurance que sa famille ne serait pas victime de représailles

Dans son livre « Un soldat parmi les soldats » paru en  1950 le général se présente comme le Sauveur de Paris (der Retter von Paris) et son fils anime depuis des années un site Internet à la gloire de son père.

Timo Von Choltitz a bien voulu me communiquer la biographie officielle du général (traduction Thierry Primout) :

Dietrich Von Choltitz est né le 9 novembre 1894 au château de Wiese-Gräflich, propriété familiale de ses parents à environ quatre kilomètres à l’Ouest de Neustadt (Silésie). Pendant la Première guerre mondiale, âgé de vingt ans, il sert comme lieutenant dans les Flandres sur le front Ouest. Il reste ensuite dans la Reichswehr de la République de Weimar, est nommé capitaine de cavalerie en 1929 puis chef d’escadron. Lieutenant-colonel en 1938, il prend le commandement du 3ème bataillon du 16ème Régiment d’infanterie aéroportée. Au début de la Seconde guerre mondiale le bataillon de Dietrich Von Choltitz est affecté à l’occupation aéroportée des ponts de Rotterdam (Pays-Bas). Il sera l’un des premiers soldats de la Wehrmacht à obtenir l’insigne de Chevalier de la Croix de fer pour sa bravoure exceptionnelle. En septembre 1940 il prend le commandement du régiment, en 1941 il est promu colonel. Pendant la guerre contre l’Union soviétique son unité d’environ 5000 hommes participe de façon décisive à la prise de Sébastopol (Crimée), une forteresse terrestre et maritime des plus importantes au monde défendue par trois armées russes. Le 1er septembre 1942, à l’âge de 47 ans, Dietrich Von Choltitz devient le plus jeune général de division de l’Armée allemande, le 1er mars 1943 il est promu général de Corps d’armée. Il commande successivement la 260ème Division d’infanterie puis différents corps d’armée et unités blindées. Commandant en chef du 86ème Corps de blindés en Italie (Anzio Nettuno, Monte Cassino), il rejoint ensuite le front de l’Ouest et prend la tête de neuf divisions, environ 100 000 hommes, en Normandie. 

l'hôtel Meurice rue de Rivoli, PC du commandant du Gross-Paris (photo de droite :  Occupation de Paris)

Le 1er août 1944, à l’âge de 49 ans, Von Choltitz est nommé général de l’infanterie et le 7 août gouverneur militaire du Grand Paris. Au cours des seize jours qui suivent il s’oppose à plusieurs ordres de Hitler comme celui de défendre Paris jusqu’au dernier homme et de détruire totalement la capitale. L’ordre du Führer daté du 23 août 1944 stipule « Paris ne doit tomber qu’en ruines aux mains de l’ennemi ». La citation la plus connue, lors d’un échange téléphonique entre Hitler et le général est la question du Führer : « Paris brûle-t-il ? ».

le général est conduit à la gare Montparnasse après la capitulation signée à la Préfecture de police

Par un mélange de contacts actifs avec l’ennemi, de pourparlers intenses avec la Résistance, de démonstrations de force (défilés militaires) et de menaces, le général Von Choltitz parvient à empêcher les émeutes et le soulèvement du peuple parisien ainsi que des combats et des destructions importantes dans la grande métropole mondiale.

il y est interrogé par des officiers de la 2ème DB puis par les Services américains

Après une résistance dilatoire dans certains quartiers et presque sans dommages, Von Choltitz présente la reddition de la ville le 25 août 1944 vers 14h45 au général Philippe de Hautecloque (Leclerc), de l’Armée française, et au communiste Henri Rol-Tanguy, chef de file de la résistance parisienne. Il empêche ainsi un deuxième Stalingrad et, à maints égards, est considéré comme le sauveur de Paris.

ordre de reddition qui sera transmis aux troupes allemandes

Dietrich Von Choltitz est libéré en 1947 de la prison de Clinton (USA) où il était interné. Il écrit des livres : « Soldats parmi les soldats », « Paris brûle-t-il ? », « Adolf Hitler » et fonde la Dorotheen-Glashütte, un atelier de soufflage de verre à Wolfach-Baden tout en s’occupant de sa famille installée à Baden-Baden. Il décède le 5 novembre 1966 d’un emphysème pulmonaire à l’hôpital de Baden-Baden et sera enterré le 9 novembre, jour de son 72ème anniversaire, au cimetière de la ville avec les honneurs militaires en présence de généraux allemands et d’officiers supérieurs français.

avis de décès

 

Nous pouvons noter quelques « impasses » sur les bombardements de Rotterdam et de Sébastopol et quelques « imprécisions » sur ses différentes affectations sur le Front russe. Je laisse à chacun le soin de se faire sa propre opinion. Timo m’a promis pour la rentrée un témoignage plus intimiste sur les vingt années qu’il a vécues auprès de son père. Donc "à suivre…"