La douleur d’une mère

25 août 1944, les FFI du colonel Fabien et les soldats de la 2ème DB encerclent les Jardins du Luxembourg pour réduire la résistance de la garnison du Sénat. Jean Boulogne, brassard FFI sur la manche et casque orné d'une Croix de Lorraine peinte en blanc, participe aux côtés des "Leclerc" à l'attaque visant l'Ecole des Mines sur le boulevard Saint-Michel. Il est armé d'un fusil et possède deux cartouchières bien remplies ainsi que trois grenades. Les Allemands tirent depuis les fenêtres de l'Ecole. Manifestement ils n'entendent pas se rendre. Jean et son camarade Claude Biais s'abritent derrière un char de la compagnie Witasse de la 2ème DB. Soudain, à 15h00, Jean se dresse et traverse le boulevard en courant pour lancer ses grenades de plus près. Il est fauché par une rafale de mitraillette. 

 

 

Six balles l'ont atteint, comme le constate le Médecin-chef du poste central sanitaire de la Faculté de médecine où une équipe d'urgence de la Croix-Rouge l'a transporté. Il est mort sur le coup. Son inhumation aura lieu le 30 août 1944 au cimetière de Bagneux. Jean Boulogne sera homologué soldat des FFI du groupe "Pont-Neuf" commandé par le capitaine Martel et obtiendra à titre posthume l'insigne n° 232493. Dans la  plaquette qu'a fait paraître sa mère après guerre, il est noté que Jean, âgé de 24 ans et ancien combattant 1939-1940, était passé en zone libre en 1941; pour échapper au STO il s'était réfugié à Monaco en 1942 mais en juin 1944 avait rejoint la capitale pour reprendre les armes.


 
 

 

Les combats pour la prise du Sénat ont fait de très nombreuses victimes. Le colonel Von Berg, commandant la garnison, n'acceptera de se rendre qu'en fin d'après-midi. Quelques SS allemands préfèreront se suicider plutôt que de connaître la captivité. Lire l'article.

Le 22 décembre 1944 Rose Boulogne, sténodactylographe à la Sous-préfecture de Prades (66), demande au Préfet de police de Paris l'autorisation de faire exhumer le corps de son fils afin de le reconnaître.

Dernier message : J'ai voulu te revoir, mon coeur, je n'ai pas pu te redire mon amour ni rester seule avec toi pour un instant de recueillement… A peine ai-je pu emporter ces quelques cheveux – tes cheveux mon amour – dernier souvenir de toi, cheveux tant aimés, les plus beaux de la terre, que j'ai retrouvés ternis par la tombe et par ton sang versé pour la France…

Madame Rose Boulogne se voit remettre le 26 octobre 1946 par le colonel G. Bréchat, commandant les FFI du 14ème, l'insigne FFI de son fils. Le 17 août 1947 elle est invitée à participer à une grande cérémonie en hommage aux héros tombés sur les barricades. L'Amicale des combattants de la Résistance lui remettra à cette occasion une médaille commémorative.

 

Elle conservera, soigneusement rangés dans un coffret en carton, tous les documents relatifs à la mort de son fils. Et parmi eux quelques photographies.

 
 En pleurs, seule à présent sous la voute étoilée, j'interroge en vain l'infini : En quel lieu survit ta pensée ? Où es-tu mon enfant chéri ?