La barricade du square Viviani

Le 19 août 1944 au matin, environ trois mille policiers devançant les ordres du Comité parisien de libération pénètrent dans la Préfecture, Ile de la Cité. Le Préfet Bussière et quelques uns de ses directeurs sont arrêtés. Boucher, responsable du N.A.P (Noyautage de l'administration publique) prend possession de la caserne au nom du général de Gaulle et fait hisser les couleurs. Le colonel Rol-Tanguy, chef régional des F.F.I, venant à passer par là, reprend les choses en mains après une courte discussion et donne ses ordres. La police fait partie intégrante des F.F.I et tiendra le bâtiment.

Immédiatement des mesures sont prises afin de protéger la Caserne de la Cité et ses policiers insurgés d'une éventuelle contre-attaque allemande. Des postes de combat sont installés à toutes les issues, des hommes patrouillent sur les toits. Une deuxième ligne de défense, plus éloignée, occupe la place Saint Michel, la place du Châtelet, le quai Montebello, les Jardins de Notre Dame, le quai de Gesvres. Il s'agit d'interdire aux troupes allemandes de s'approcher de l'édifice par les ponts Saint Michel, Pont au Change, Notre Dame, Arcole, Saint Louis, Pont au Double et Petit Pont.

Quai Montebello, devant les jardins de l'église Saint Julien le Pauvre, on utilise les carcasses des premiers véhicules allemands incendiés et les sacs de sable de la Défense passive pour ériger une barricade. Les hommes se postent à l'affût, l'arme au poing. Au premier plan le gardien de la paix Léon Bodo du 7ème arrondissement.

Cette photo a été prise le 21 août vers 10h00. Une trêve a été conclue, interdiction de tirer de chaque côté, des voitures montées par des policiers français et des officiers allemands ont sillonné les rues pour l'annoncer. Les défenseurs de la barricade du square Viviani prennent le temps de poser martialement devant l'objectif de Pierre Debure. On reconnaît, casqué et un fusil à la main le gardien de la paix André Vannereau; à sa droite, en chemise blanche cravaté de noir, le gardien de la paix Georges Rouzé. Ils sont du commissariat du 5ème arrondissement tout proche, place du Panthéon.

Quelques minutes plus tard un side-car allemand arborant un drapeau blanc se présente devant la barricade. On le laisse passer puisque tels sont les ordres. Une vingtaine de mètres plus loin, il stoppe brutalement. Ses occupants ouvrent aussitôt le feu sur les F.F.I.


 

On relèvera huit morts dont trois hommes non identifiés. La mention "2 autres Français" sur la plaque de gauche posée juste après la Libération a été remplacée par "ainsi que trois FFI" sur la plaque aujourd'hui en place.

Cette trêve n'a pas fait l'unanimité du côté français. Du côté allemand, si le général von Choltitz peut donner des ordres à sa garnison, il n'a aucun pouvoir sur les troupes qui traversent Paris, refluant du front de Normandie. Elle ne sera donc pas véritablement respectée mais permettra la prise des principaux édifices gouvernementaux sans trop de difficultés.


Gaston Thibous, 46 ans


Georges Rouzé, 31 ans

André Vannereau, 26 ans

Maurice Roux, 31 ans

tous les quatre du commissariat du 5ème arrondissement


Alfred Biard, 25 ans
de la 6ème compagnie de circulation