Jeannine – Cachée derrière la vitrine d’un magasin

En août 1944 j'ai 18 ans; je travaille au siège social de la Société Cusenier, boulevard Voltaire près de la place de la Nation. Ma mère ne veut pas me laisser rejoindre mon bureau à bicyclette (il n'y a plus de train, plus de métro) et il a fallu téléphoner au Directeur pour lui expliquer la situation.

Nous habitons Drancy. Avec maman et quelques voisins nous écoutons les événements à la radio. Enfin Paris est libéré ! De toutes les fenêtres surgissent des drapeaux. Le quartier pavoise … Bleu … Blanc … Rouge … Une immense joie s'empare de nous !

Quelques heures plus tard des voitures chargées de F.F.I sillonnent la ville et demandent à la population de retirer les drapeaux et de rester chez elle. Les Allemands reviennent !


La menace est grande en effet ! Le 20 août une automitrailleuse allemande venant du Bourget a essuyé des coups de feu. Les occupants ont immédiatement riposté et tué devant la mairie de Drancy :

- Charles Sage, 22 ans, mécanicien auto et pompier auxiliaire
- René Defilippi, 19 ans, garçon de café
- Alfred Nimal, 22 ans, imprimeur à Drancy
- Aimé Laperruque, 45 ans, employé des Chemins de fer
- Jacques Joly, 20 ans, employé de banque
- Claude Lebreton, 17 ans,


Avec quelques camarades de mon âge je me suis réfugiée dans le magasin de Monsieur Mirra, 93 rue Sadi-Carnot, un immigré d'origine italienne qui tient avec sa femme un petit commerce d'électricité (ampoules, prises de courant, lustres…), tandis que son fils dépanne les postes radio.


annuaire PTT 1942

De notre poste d'observation nous voyons arriver à vive allure des motos et des autos chargées de soldats allemands. Un coup de feu ! Un motocycliste est touché, il roule sur la chaussée. Nous applaudissons …

Je rentre à la maison et reprends avec maman l'écoute du poste radio pour connaître la suite des événements. Puis la vie  se réorganise petit à petit avec toutes les difficultés de ravitaillement. Il faudra attendre le 8 mai 1945, jour de la Victoire, pour connaître de nouveau l'immense joie ressentie à l'annonce de la Libération de Paris.

Jeannine ne se souvient pas exactement de la date. Le 25 août ? Le 26 ? Si c'est le 25, les Allemands qu'elle voit passer devant la vitrine du magasin sont des troupes qui évacuent Paris par le Nord Est et qui sont harcelées par des éléments F.F.I (archives départementales de la Seine Saint Denis). Si c'est le 26, il pourrait s'agir de soldats des 103ème et 105ème régiments de Grenadiers de la 47ème Division d'infanterie se dirigeant vers l'aérodrome du Bourget pour y établir un barrage défensif. La 2ème Division blindée du général Leclerc qui entre le 26 en fin d'après midi dans Drancy, les attaquera le lendemain.