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L'engagement
du Pont d'Austerlitz par Camille Vilain (Quand le canon tonnait sur les
Gobelins) : |
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Vers 16h30, ce jour, des voitures
blindées (automitrailleuses allemandes) montent et descendent le
boulevard de l'Hôpital. Le bruit des fusillades proches est
maintenant ininterrompu. On se signale l'arrivée des voitures
dangereuses. Je fais garer les gens dans les couloirs d'immeubles à
chacun de leurs passages.. Il fait très beau et la foule est
nombreuse dehors.
Il se passe quelque chose vers la
place d'Italie où les coups de feu crépitent. Soudain, venant
justement de cette direction, un gros tank suivi de quatre
automitrailleuses (chenillettes) descend le boulevard. Il s'arrête
devant l'hôpital de la Pitié. Trois coups de feu claquent sans
préavis. Heureusement tout le monde s'est abrité. La caravane
poursuit sa route, la voici au pont d'Austerlitz; elle semble se
diriger vers la gauche, sur le quai. Non ! Brusquement la tourelle
du tank a tourné et plusieurs rafales de mitrailleuse lourde sont
tirées dans la foule qui, de nouveau, a envahi le boulevard. |
Vers 16h30, ce jour, des voitures
blindées (automitrailleuses allemandes) montent et descendent le
boulevard de l'Hôpital. Le bruit des fusillades proches est
maintenant ininterrompu. On se signale l'arrivée des voitures
dangereuses. Je fais garer les gens dans les couloirs d'immeubles à
chacun de leurs passages.. Il fait très beau et la foule est
nombreuse dehors.
Il se passe quelque chose vers la
place d'Italie où les coups de feu crépitent. Soudain, venant
justement de cette direction, un gros tank suivi de quatre
automitrailleuses (chenillettes) descend le boulevard. Il s'arrête
devant l'hôpital de la Pitié. Trois coups de feu claquent sans
préavis. Heureusement tout le monde s'est abrité. La caravane
poursuit sa route, la voici au pont d'Austerlitz; elle semble se
diriger vers la gauche, sur le quai. Non ! Brusquement la tourelle
du tank a tourné et plusieurs rafales de mitrailleuse lourde sont
tirées dans la foule qui, de nouveau, a envahi le boulevard. |
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Vers 16h30, ce jour, des voitures
blindées (automitrailleuses allemandes) montent et descendent le
boulevard de l'Hôpital. Le bruit des fusillades proches est
maintenant ininterrompu. On se signale l'arrivée des voitures
dangereuses. Je fais garer les gens dans les couloirs d'immeubles à
chacun de leurs passages.. Il fait très beau et la foule est
nombreuse dehors.
Il se passe quelque chose vers la
place d'Italie où les coups de feu crépitent. Soudain, venant
justement de cette direction, un gros tank suivi de quatre
automitrailleuses (chenillettes) descend le boulevard. Il s'arrête
devant l'hôpital de la Pitié. Trois coups de feu claquent sans
préavis. Heureusement tout le monde s'est abrité. La caravane
poursuit sa route, la voici au pont d'Austerlitz; elle semble se
diriger vers la gauche, sur le quai. Non ! Brusquement la tourelle
du tank a tourné et plusieurs rafales de mitrailleuse lourde sont
tirées dans la foule qui, de nouveau, a envahi le boulevard.
En désordre, on fuit vers les
immeubles. A mon côté, une jeune fille s'abat, la jambe brisée par
une balle. Avec l'aide d'un voisin, nous l'étendons dans le couloir
d'une maison. A grands cris, du secours est demandé à l'hôpital en
face, mais on ne peut traverser le boulevard qui va être balayé
pendant une heure, presque sans interruption, par des rafales.
Malgré cela, cependant, un infirmier réussit à transporter la
blessée jusqu'à la Pitié sur un brancard roulant. |
Trois hommes, surpris par la
mitraillade, sont restés plus d'une demi-heure, abrités seulement
par un arbre du boulevard, sans pouvoir bouger de leur dangereuse
position.
Pendant ce temps, des coups de
grenades se font entendre à Austerlitz. Du chalet restaurant du
Jardin des Plantes monte une fumée noire et sortent des flammes. Des
voitures de pompiers passent ... Quelques automitrailleuses
menaçantes circulent encore. On s'abrite. Une voiture de la
Préfecture annonce par haut-parleur : "C'est fini ! Ne tirez plus !"
Il doit être 17h30.
Un quart d'heure plus tard je suis
place Valhubert, lieu du combat. Une auto de la Préfecture achève de
brûler. Les flammes lèchent les kiosques d'autobus proches qui sont
béants et à demi brisés, ainsi que la barque de bois de la marchande
de friandises pour les enfants, à l'entrée du Jardin. Le long de la
grille d'honneur du Jardin des Plantes, une énorme flaque de sang,
des débris, de la matière cérébrale. Un morceau de pain échappé des
mains d'une victime traîne à terre. Un arbre a été coupé net par les
rafales continues, les grilles du Jardin sont tordues, certains
barreaux arrachés ou rompus par les balles. |
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Aujourd'hui nous pouvons découvrir cette plaque commémorative sur la
grille du Jardin des Plantes |
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Sur les immeubles, des traces
d'éclats, des trous de projectiles. Les carreaux sont brisés. Du
chalet restaurant, à la maçonnerie noircie, s'élève toujours une
lourde fumée. Tout l'intérieur du rez-de-chaussée, comme vidé, a été
la proie du feu.
Il m'est impossible, malgré ma
diligence, d'obtenir des précisions concordantes sur l'origine du
combat. Je recueille trois versions :
1) Des coups de feu seraient partis
de la grille du Jardin des Plantes où étaient embusqués des FFI.
2) Suivant un autre témoin, des FFI
ayant tiré du chalet, les Allemands ont riposté à coups de grenades.
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3) Un troisième témoin m'affirme
qu'il s'est produit un malentendu, les boches ayant ouvert le feu
sur une voiture de la Préfecture qui venait annoncer la trêve (*)
Il semble certain que les Allemands
ont empêché les pompiers d'approcher de suite du chalet en feu.
Hélas ! les victimes sont nombreuses. Le lendemain les services de
la Mairie (tenue par la Résistance) annonçaient officiellement que
trente-deux morts avaient été relevés place Valhubert.
(*)
Les voitures de la Préfecture de police ne sillonneront les rues de
la capitale pour annoncer la trêve que le lendemain 20 août ...
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La plaque commémorative indique que le
gardien de la paix Perrony et trente autres français ont
trouvé la mort en ces lieux le 19 août 1944.
Qui sont ces trente autres français ?
La recherche est difficile car l'hôpital de la Salpêtrière, tout
proche, est occupé par les Allemands et les victimes n'y ont pas été
transportées. Les listes d'admission établies début septembre ne
nous seront donc d'aucune utilité. Emmanuel Perrony, par exemple,
atteint de deux balles dans la tête, est évacué sur l'hôpital
Saint-Antoine.
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Au cours de mes lectures et de mes
investigations j'ai quand même pu relever :
- Georges Doriemedov, 36 ans, membre
de l'Union des Patriotes Russes
- Galina Doriemedov, 28 ans, son
épouse née Redko
Grièvement blessés, ils sont
transportés au poste de secours du Musée des Colonies où ils
décèdent le lendemain. Ils seront inhumés au cimetière de Thiais.
- Christian Joy, artiste fantaisiste
au théâtre de l'A.B.C
- Marco Lazard, 19 ans, relevé sur le
pont d'Austerlitz et conduit à l'hôpital Sainte-Barbe où il décède
- "Robert", d'origine roumaine
- Simon Fred, alias Michel, alias
Richard, de son vrai nom Albert Zaltzerman, juif roumain des FTP
MOI, chef régional inter-régions envoyé à Paris en mai 1944 par la
Brigade Carmagnole Liberté dont il était l'un des responsables.
(renseignements aimablement complétés par le journaliste Michel
Grosman).
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Michel Perrony, le petit-fils
d'Emmanuel, a bien voulu nous confier ces quelques documents.

Insigne FFI n° 183907, Commission
militaire du Conseil National de la Résistance (ex-COMAC), signé
Kriegel-Valrimont.
Pseudonyme : Félix
Poulet

Photographie prise
devant le commissariat du 5ème, à l'occasion de l'inauguration d'une
plaque commémorative en présence des veuves des policiers de
l'arrondissement tués lors des combats de la Libération de Paris. |

Groupe Libération du 5ème arrondissement du capitaine Clavier.
Curieusement ce document le dit tué lors des combats de la Mairie du
11ème.

Chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume, décret du 30
décembre 1944.

La plaque commémorative au
commissariat du 5ème arrondissement : Gaston Thibous, Georges Rouze,
Emmanuel Perrony, Maurice Roux, Alexandre Massiani et André
Vannereau. |
| Gaston
Thibous, Georges Rouze, Maurice Roux et André Vannereau ont été tués
square Viviani
] |

Alexandre Massiani, quant à lui, a été abattu le 19 août, vers
13h30, Place du Panthéon, alors qu'il surveillait les mouvements de
la garnison allemande du Sénat. Transporté à la Maison de Santé des
Gardiens de la paix, il y décèdera le surlendemain.
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Mais laissons la parole à Louise,
fille aînée d'Emmanuel Perrony :
J'avais 18 ans à l'époque; nous
habitions 26, boulevard Saint-Marcel dans le 5ème. Mon père ne
parlait jamais de sa vie professionnelle au commissariat de police,
ni des difficultés de l'occupation. Ses activités dans la Résistance
ont certainement fait l'objet d'une dénonciation puisqu'un un jour
la Gestapo se présenta pour fouiller l'appartement. Dans ma chambre
il y avait un petit coffre verrouillé. Les hommes voulurent voir ce
qu'il contenait. Ma mère m'ordonna de leur donner la clef ... ils ne
n'ouvrirent pas. Heureusement pour nous, ils n'ont pas découvert les
faux papiers que mon père conservait dans ses chemises pliées sur
une étagère de l'armoire et dans le berceau de ma soeur Madeleine.
Mon père a été convoqué rue des
Saussaies, au siège de la Gestapo. En nous embrassant il nous
déclara : "Je ne reviendrai pas ..." Ils le gardèrent deux jours.
Il fut alors décidé que ma mère,
mon frère Robert, 16 ans, et ma soeur Madeleine, 1 an, iraient se
réfugier à Briel sur Barse (Aube). Munie, grâce à mon père, d'un
faux certificat médical (maladie osseuse) je continuais de
travailler chez un dentiste à Paris.
C'est le 25 août 1944 que des
voisins vinrent me trouver pour m'annoncer sa mort. Je suis allée
reconnaître son corps à la morgue... Il y avait beaucoup de
cercueils ... C'est la première fois que je voyais un mort.
Un peu plus tard je me suis rendue
à Briel sur Barse pour faire part du décès de papa à la famille. Ma
mère a tout de suite compris quand elle m'a vue en noir ... Mon
frère Robert se battait avec les résistants du département; il
s'engagea ensuite dans l'armée et plus tard devint, lui aussi,
gardien de la paix.
__________
Un grand merci à Louise qui a bien
voulu nous faire partager ses souvenirs ainsi qu'à Michel, son
neveu, qui les a recueillis pour nous. |
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